Philippe Gambier, Président de l’Association Nationale des Conseillers en Organisation de la fonction publique territoriale (ANDCO) nous expose ce nouveau métier émergent au sein des collectivités et les ambitions de son association !

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Schneider
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1. Quel est le rôle de l’ANDCO ?

« L’ANDCO est avant tout un réseau d’échange de pratiques entre conseillers en organisation du secteur public. Son objectif est de faire connaître ce métier émergent qui suscite un intérêt croissant, mais qui reste un métier de niche à l’échelle de la fonction publique territoriale. Il n’existe pas à ma connaissance de statistiques récentes mais nous estimons à quelques centaines les agents positionnés à temps plein ou partiel sur des missions de conseil en organisation en collectivités ou dans des centres de gestion. Les profils et les intitulés de poste sont variés. Il s’agit pour la plupart de cadres expérimentés de la filière administrative (souvent issus des RH, parfois d’anciens DGS ou DGA) ou technique (ingénieurs). L’ANDCO suit de près l’évolution de l’offre de formation destinée aux conseillers en organisation et travaille aux côtés du CNFPT pour aboutir à une certification comme cela existe déjà pour les coachs. Le périmètre de notre réseau s’étend aujourd’hui aux agents des services de l’Etat, grâce notamment à un rapprochement avec le réseau des conseillers en organisation du travail via la DGAFP. L’ANDCO a été créée en 2014 dans le prolongement de la première promo de l’itinéraire de formation « Conseiller en organisation », coordonné par le CNFPT-INSET de Montpellier. Elle fédère environ 130 professionnels de l’accompagnement au changement, répartis sur l’ensemble du territoire national, sans oublier l’outre-mer, en particulier les collectivités du bassin Antilles-Guyane qui forment actuellement leurs premiers conseillers en organisation sous le pilotage de la délégation de Guadeloupe du CNFPT. »

2. Quelles sont les collectivités pionnières en matière de conduite du changement ?

« C’est vraiment une question piège. Je pourrais vous dire que les collectivités les mieux armées pour conduire le changement sont celles qui ont mis en place du conseil en organisation… Non, je vais vous répondre comme militant du Service Public, point commun avec les autres membres de l’ANDCO. C’est dans l’ADN des collectivités, quelle que soit leur taille, de s’adapter au besoin des territoires et des usagers. Il y a beaucoup d’innovations au niveau local, il suffit juste de s’y intéresser même s’il est vrai que cela n’est pas toujours bien valorisé. Le contexte est plutôt au dénigrement alors que notre pays est reconnu pour la qualité de ses services publics. Par exemple, des efforts considérables ont été fait ces dernières années en matière de simplification et d’e-administration. L’environnement des collectivités a beaucoup changé et ce changement est permanent. Les vieilles structures organisationnelles héritées du modèle bureaucratique wébérien, qui est encore le modèle dominant dans nos administrations, ont du mal à répondre à la complexité et à l’incertitude. La management de projets prend une place croissante. Parallèlement, il faut continuer à assumer les activités de gestion quotidienne qui sont indispensables pour la vie des usagers. Les organisations territoriales doivent gagner en agilité et être moins dans l’exécution et le contrôle, au profit de structures plus souples et collaboratives ; ce constat est aujourd’hui largement partagé. Certaines collectivités se dotent ainsi de tiers-lieux pour expérimenter des nouvelles pratiques comme la coconception. C’est le cas à Ivry-sur-Seine où je travaille au sein d’un labo mais d’autres le font. Je constate par ailleurs que dans leurs interventions, les conseillers en organisation adoptent de plus en plus une posture de facilitation en intelligence collective plutôt que celle d’experts qui vont dresser un diagnostic et formuler des préconisations. Ce rôle n’a certes pas disparu et répond dans certains cas au besoin du commanditaire mais face à l’incertitude et aux évolutions sociétales et institutionnelles que nous connaissons, la solution ne peut plus venir des seuls experts. »

3. Dans le contexte spécifique des collectivités locales, quels sont les leviers actuels ?

« La confiance et le passage de relais entre les générations. Il faut parvenir à changer de modèle. De nombreux agents du secteur public vont partir à la retraite et laisser la place à une génération d’agents dont le rapport au travail et les codes bousculent leurs aînés. Sans vouloir caricaturer, ces derniers ont évolué dans un système hiérarchique fondé sur une logique de commandement adapté à un environnement stable. Le contexte actuel de révolution numérique et écologique remet tout cela en question. Reste à ne pas faire table rase du passé, c’est pour cela que j’insiste sur le passage de relais entre les générations plutôt que d’opposer les uns aux autres. L’autre levier est l’aspiration des citoyens à un renouveau démocratique. Cela demande de réinterroger la place de chacun dans le triptyque élus-usagers-administration. Des approches participatives comme le design thinking sont intéressantes car elles mobilisent tous les acteurs dès le début d’un processus itératif qui finit par déboucher sur un produit ou un service innovant, adapté au besoin des usagers. La question des moyens, c’est autre chose. Il y a une pression pour réduire les dépenses publiques dont le niveau est jugé insoutenable. Cela est plutôt mal vécu au niveau local bien qu’il existe de fortes disparités entre les territoires de ce point de vue-là. Le manque de moyens peut dans certains cas que je qualifierai d’exceptions, être un levier, car, au pied du mur, cela nous incite à faire preuve d’ingéniosité dans des conditions difficiles. C’est l’idée de l’innovation dite Jugaad, terme hindi qui peut se traduire par « débrouillardise ». Le sujet est cependant trop polémique. Pousser les collectivités à se transformer sous la contrainte n’est peut-être pas la meilleure approche… »

4. Quels sont les principaux résultats obtenus via l’ANDCO ?

« L’ANDCO est un réseau très actif qui se développe. Le nombre d’adhérents est en augmentation. Le réseau entretient historiquement un partenariat étroit avec le CNFPT, avec comme événement phare les rencontres territoriales qui se déroulent chaque année à l’automne sur deux jours à l’INSET de Montpellier. Le thème de la dernière édition (8-9 novembre 2018) traitait de la place de l’usager dans la transformation de nos organisations. Nous nous impliquons aussi dans les défis de l’université européenne de l’innovation publique territoriale. Notre site web sert de plateforme d’information pour nos membres, nos partenaires et tous ceux qui sont intéressés par nos activités (18 000 visiteurs et 80 000 pages vues depuis sa création). Nous sommes aussi présents sur les réseaux sociaux, avec un groupe sur LinkedIn et certains adhérents qui publient régulièrement des posts. »

5. Quelle est votre feuille de route pour 2019 ?

« 2019, c’est la saison 5 ! Je ne veux pas spoiler. Je peux quand même vous dire que notre dernière assemblée générale s’est tenue sous la forme inédite d’un barcamp où chacun des participants est contributeur et pas spectateur ! Nous avons ainsi collectivement dégagé des axes de travail ambitieux pour cette année. Je rappelle que notre réseau ne fonctionne que grâce à l’engagement de ses membres. Nous n’avons pas de permanent. Nos objectifs sont principalement de développer nos outils et d’augmenter le nombre d’adhérents. Nous souhaitons également renforcer nos liens institutionnels et accompagner la structuration des réseaux régionaux : Auvergne-Rhône-Alpes, Ile-de-France, Antilles-Guyane etc. Nous restons bien entendu attentifs à toute collaboration. »