Diagonales Conseil

Stéphanie Bidault

Stéphanie Bidault, Directrice du CEPRI

Une présentation des travaux du CEPRI, le Centre Européen de Prévention et de gestion des Risques d’Inondation.

L'intégralité de l'interview

 

  1. Pouvez-vous nous présenter le CEPRI ?

 

Le Centre Européen de Prévention du Risque d’Inondation (CEPRI) est une association nationale créée le 1er décembre 2006 pour promouvoir une approche ambitieuse du risque inondation. Sa mission principale est d’être l’appui technique et scientifique des collectivités territoriales, dans la prévention et la gestion du risque d’inondation en France et en Europe.  Il assure aussi un rôle d’interface entre l’Etat et les territoires.

Depuis sa création en 2006, notre centre de ressources et son équipe pluridisciplinaire a prouvé sa capacité à accueillir en son sein des adhérents de toute la France (plus d’une centaine aujourd’hui). Ainsi, tous les types d’aléas sont représentés : débordement de cours d’eau, submersion marine, ruissellement, crues torrentielles, remontées de nappes. Cette diversité permet au CEPRI de capitaliser les bonnes pratiques en France, de travailler avec d’autres acteurs en Europe.  Après plus de 10 ans d’existence, le CEPRI est devenu un acteur important dans le paysage institutionnel pour faire entendre la voix des élus locaux sur cette thématique. Il a noué des relations étroites avec les représentants du Ministère de la transition écologique, créant ainsi un partenariat avec l’Etat pour réfléchir aux enjeux et aux actions à mettre en place. Avec un catalogue de formations, l’animation d’un réseau (porteurs de programmes d’action de prévention des inondations et stratégie locale de gestion du risque inondation PAPI-SLGRI), ses analyses, le CEPRI apporte une expertise solide sur toutes les questions liées au risque inondation. Ses multiples publications (guides méthodologiques, rapports et plaquettes) en font un acteur reconnu tant par les autorités publiques locales et nationales. Ses actions au service des territoires sont aussi appuyées par un comité d’experts comprenant des représentants de l’ensemble des domaines scientifiques ayant compétence dans la prévention des inondations (juriste, géographe, économiste, architecte-urbaniste, prévisionniste, hydraulicien, psycho-sociologue…).

Pluridisciplinarité, diversité d’acteurs partenaires et innovation dans l’approche du risque d’inondation, voilà ce qui caractérise notre action au service des territoires.

Notre association est donc principalement impliquée dans la politique de prévention du risque inondation ; Nous intervenons en amont des phénomènes pour inviter à l’action préventive. La tâche est lourde car notre territoire est très vulnérable.

  1. Quelle est la tendance du risque inondation pour les 3 prochaines années en France ? Quelles sont les régions les plus concernées ?

Les chiffres de la vulnérabilité de notre territoire au risque inondation sont d’ores et déjà sans appel : 17 millions de personnes soumises potentiellement au risque de débordement de cours d’eau (soit 1 habitant sur 4 et 1 emploi sur 3) et 1.4 million, au risque de submersion marine Plus de 9 millions d’emplois seraient exposés aux débordements de cours d’eau et plus de 850 000 emplois exposés aux submersions marines. Enfin, 20% des habitations exposées aux submersions marines sont de plain-pied.  Cette évaluation ne comptabilise pas les personnes impactées par le risque de ruissellement qui concernerait plus de 70% des communes françaises. Ainsi même si ces chiffres peuvent paraître alarmistes car reposant sur des estimations volontairement extensives (Enveloppe approchée des inondations potentielles), ils démontrent indiscutablement une très forte exposition de notre territoire au risque d’inondation.

Les évènements récents, même s’ils ont eu lieu sur des secteurs relativement localisés, illustrent cette vulnérabilité : conséquences dramatiques en termes d’enjeux humains et de dommages économiques – Xynthia en 2010 (53 morts et 800 millions d’euros de dommages), département du Var en 2010 (25 morts et environ 600 millions d’euros de dommages), inondations du Sud Est en 2015 (22 morts et plus de 500 millions d’euros de dommages), inondations sur Seine Loire en mai juin 2016 (4 morts et plus d’un milliard d’euros de dommages), inondations de l’Aude en 2018 (15 morts et 250 millions d’euros de dommages) et inondations dans les Alpes maritimes en octobre 2020 (7 morts, des disparus et 210 millions d’euros de dommages). Il est ainsi difficile d’imaginer les conséquences de crues généralisées sur le territoire actuel : les montants annoncés des dommages pour une seule inondation de la Seine, type 1910, pourraient atteindre 30 à 40 milliards d’euros, incluant les dommages indirects parfois très difficiles à comptabiliser.

Les effets du changement climatique vont largement se faire ressentir dans les prochaines années, augmentant la violence des épisodes de type cévennol, renforçant le phénomène d’érosion côtière et augmentant l’alternance de périodes de « manque d’eau » et de « trop d’eau ». Les assureurs s’y préparent annonçant des chiffrages de dégâts très importants à l’aune de 2040 (13 milliards d’euros d’impacts projetés).

  1. Comment qualifieriez-vous la gestion du risque inondation en 2020 ? (ex : changement paradigme « lutter contre » à « vivre avec ») ?

Notre politique de prévention s’est longtemps construite sur une seule réponse technique, la protection. La lutte contre les inondations reste une préoccupation forte des pouvoirs publics et une demande toujours importante des populations.

Des événements dramatiques ont rappelé les limites de ces systèmes de protection, les digues rompant ou surversant. Les ouvrages de protection ont pour la plupart du temps favorisé l’aménagement et le développement socio-économique des zones protégées sans tenir compte du risque. Ainsi, plusieurs millions de personnes vivent désormais dans des zones protégées par des ouvrages hydrauliques.

Notre stratégie de gestion du risque par celle de l’aléa et de la limitation de l’urbanisation en zone inondable (PPR) sans être inefficace, ne semble pas contenir les conséquences négatives des inondations. Même si l’action sur les phénomènes physiques reste très attractive et fascinante, des actions de réduction de la vulnérabilité se multiplient. Une politique efficace doit s’accompagner d’une adaptation des territoires et de la culture de leur population exposée au risque.

Tout cela demande de façon générale :

–          une connaissance partagée par tous les acteurs.

–          Ce sujet a besoin de l’implication de tous les acteurs : Etat, collectivités territoriales, particuliers, entrepreneurs, assureurs, aménageurs, agriculteurs… La prévention est l’affaire de tous !

–          Il faut sortir du modèle du « lutter contre » pour atteindre le « vivre avec ».

  1. Quelles principales recommandations le CEPRI préconise-t-il à ses membres pour intégrer le risque inondation ? (ex : lutte contre imperméabilisation des sols)

La politique de prévention semble actuellement en plein questionnement. Les questions liées au changement climatique apportent des réflexions nouvelles dans le domaine de  l’adaptation et de l’aménagement du territoire. Les villes doivent muter, s’adapter aux risques pour faire face aux enjeux environnementaux futurs. Les PAPI et les stratégies locales de gestion du risque inondation semblent des initiatives intéressantes : elles amènent un ensemble d’acteurs à partager un diagnostic de vulnérabilité et à réfléchir ensemble pour y remédier. Ces outils intégrateurs (dans les actions menées et dans la gouvernance) sont porteurs d’espoir pour l’avenir de la politique de prévention. Ils facilitent un travail partenarial Etat/collectivités territoriales et ils explorent l’ensemble du dispositif réglementaire, amenant les acteurs locaux à des évolutions de perception, à une révolution d’approche pour certains. La voie de la seule protection ne semble plus la seule réponse au risque inondation.

Beaucoup de territoires cherchent à sortir du seul cadre réglementaire pour expérimenter de nouvelles solutions que ce soit en termes d’urbanisme mais aussi par la réalisation d’exercice de gestion de crise grandeur nature. Les exemples novateurs se multiplient. Les réflexions et analyses émergent, telles que les solutions fondées sur la nature (redonner une place à la nature dans les villes par exemple, redonner de la place à l’eau, reconquérir les berges des cours d’eau…). Une ère nouvelle se dessine, un rapport nouveau à la nature se fait jour qui peut aussi avoir un impact conséquent sur la perception des inondations. Cela s’illustre aujourd’hui à travers des projets œuvrant pour une meilleure intégration de la nature en ville, la concrétisation des trames verte et bleue, le développement de modes de transports doux (piéton, cyclable). La création d’espaces récréatifs inondables, la remise à ciel ouvert des cours d’eau, le développement de liaisons douces le long des cours d’eau, sont autant d’exemples de ces pratiques en cours et à venir. On remarque que le fait de laisser « plus de place à l’eau », outre la réduction du risque d’inondation, peut aussi apporter d’autres avantages comme la réduction des îlots de chaleur urbains visés dans les Plans Climat Énergie des villes et favoriser les solutions à bénéfices multiples.

Le risque est avant tout une question d’aménagement, qui demande de l’innovation et des réflexions nouvelles sur la ville et le territoire de demain. Aux côtés des collectivités, les aménageurs doivent s’impliquer et investir, développer des démarches innovantes et expérimentales. Cela demande de nouvelles réflexions sur les formes urbaines, sur les usages, les modes d’habitation et d’occupation des sols mais aussi sur la gouvernance au sens large incluant la place du citoyen dans les processus décisionnels et les moyens juridiques de mise en œuvre. Ce n’est qu’à ce prix que les populations se réapproprieront ce sujet, en dehors des périodes de catastrophe.

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