Diagonales Conseil

Laurent Turi

Médecin généraliste et leader de la Maison de Santé Pluri-Professionnelle (MSPP) Léonard de Vinci

Laurent Turi, médecin généraliste de la Maison de Santé Pluri-Professionnelle Léonard de Vinci à Gauchin-Verloingt (Pas-de-Calais) revient sur ce projet, ses enjeux et impacts.

 

L’intégralité de l’interview

1.    Vous êtes Médecin généraliste au sein de la Maison de Santé Pluri-Professionnelle (MSPP) Léonard de Vinci à Gauchin-Verloingt (Pas-de-Calais), quels sont les principaux retours et résultats de cette MSPP ?

« Émanation d’un Projet de Sante de 2016 et faisant suite à la création d’une SISA en 2017, la MSP Léonard de Vinci a ouvert ses portes en 2018. Son fonctionnement repose sur la pluri professionnalité, le lien avec les élus, l’hôpital, le médico-social et le monde mutualiste, l’enseignement, la recherche et les nouvelles technologies (télé médecine et  logiciel de prise de rendez-vous en ligne). Son objectif est de créer un oasis de santé dans une zone rurale en faisant en sorte  que le désert médical ne passe pas par notre territoire. La MSP draine à ce jour une file active d’environ 4000 patients toutes professions confondues pour un secteur de 15000 habitants environ. 25 professionnels s’y côtoient : médecins, sages-femmes, infirmier(e)s, kinésithérapeutes, diététiciennes, podologue, ergothérapeute, psychomotricienne, sophrologue, psychologue, ostéopathe. Les nouveaux métiers y sont représentés : coordinatrice, assistante médicale, infirmière en pratique avancée. Elle a permis depuis son ouverture à l’installation de deux jeunes médecins, d’un nouveau kinésithérapeute, d’une sage-femme, d’une dentiste et bientôt d’une IPA. La télémédecine y est développée sous plusieurs formes : téléconsultation avec le CH Arras pour des spécialités de second recours, télé-expertise avec la dermatologie et depuis peu la téléconsultation avec notre plate-forme de rendez-vous.


Les actions de la MSP, outre les consultations de chaque praticien, sont orientée vers la santé publique : prévention (Mission Retrouve ton Cap), dépistage (partenariat Neurodev) protocoles, réunions de coordination, organisation de soins non programmés, éducation thérapeutique (urps-diabete). Les partenaires sont nombreux : pharmacies de villes, Centre Hospitalier, Clinique PSPH, Laboratoire, ASRL, Réseau Gériatrique, SSIAD,HAD, associations de patients. Elle participe à des travaux de recherche  (lettre d’intention retenue en 2019 pour un PREPS), de thèse de médecine générale et de mémoires d’IPA. La MSP reçoit des stagiaires de la faculté de médecine de Lille, de l’école de Kinésithérapeute de Berck, de l’école d’IPA de la Sorbonne. Mais aussi des jeunes de la mission locale et des services civiques. Elle contribue ainsi à des créations d’emplois dans le secrétariat, l’entretien et la santé. »

 

2. Pensez-vous que les MSPP sont des solutions au problème d’accès aux soins dans certaines régions de France ?

« Les MSP sont une des réponses à l’accès aux soins. C’est plus qu’une maison, c’est un concept. Leurs succès reposent sur des changements de paradigme. Le premier est de croire qu’un exercice libéral ne peut pas être collaboratif, c’est tout le contraire, je pense que la médecine libérale sera collaborative où ne sera pas. La collaboration entre professionnels de santé va de la pluri professionnalité à l’inter professionnalité et donc au partage des compétences. Nous avons dit à la MSP Léonard de Vinci: chiche !» Le deuxième est de postuler que libéraux et élus ne peuvent s’entendre. C’est pourtant la condition pour la réussite d’une MSP. Sans libéraux, pas de projet de santé, donc maison vide. Sans élus, pas de financements publics, donc pas de locaux sans surcoût financier pour les professionnels. La confiance et la transparence sont la matrice du succès. Le troisième est de penser que les jeunes professionnels de santé ne « veulent plus travailler comme avant » et qu’ils préfèrent un exercice urbain. Une thèse récente a montré que les jeunes professionnels s’attendent à travailler 48 heures par semaine. Qui plus est un jeune médecin qui débute à peine (un adjoint ou un collaborateur) travaille en début d’exercice plus qu’un médecin libéral qui débutait il y a trente ans de cela. L’attractivité des zones rurales est en hausse, liés aux coûts exorbitants des loyers dans les grandes agglomérations et au développement de la fibre optique à la campagne qui rapproche le praticien du premier recours des expertises hospitalières notamment. Si l’on change donc ces trois paradigmes, on inverse la sablier et on raisonne en positif et ça change tout ! On devient en capacité d’être attractif. Assez de misérabilisme !
Une MSP forte d’une équipe et d’un projet, s’appuyant sur l’expérience des autres MSP, par échange avec la Fédération des Maisons de santé notamment, est en capacité à établir des partenariats pour étoffer l’offre de soins primaires en développant une CPTS ou un Groupement de coopération sanitaire par exemple.
Une maison, un projet, une équipe, un concept, des partenariats sont les atouts de l’attractivité d’un territoire sur lesquels les acteurs de santé peuvent intervenir. Just do It !
Le seul élément sur lequel les professionnels de santé ne peuvent intervenir est l’aménagement du territoire et la revitalisation du tissu économique et industriel. Gageons qu’avec la crise du COVID, la stratégie industrielle du pays sera en faveur d’un réimplantation locale.
Cette dynamique est particulièrement appréciée par une population rurale qui voit avec satisfaction la moyenne d’âge des professionnels de santé diminuer avec le temps par les renforts, qui voit la télémédecine entrer par la grande porte, qui se voit proposer l’éducation thérapeutique et des consultations d’IPA pour le diabète, qui est interrogé par des étudiants pour des thèses qualitatives et qui bénéficie de consultations avancées et de téléconsultations avec l’hôpital d’Arras. Tout ça en deux années, on peut faire mieux mais ce n’est pas trop mal. On est passe doucement au paradigme de la relation médecin patient à celui du patient suivi par une équipe .
L’ensemble contribue, oui j’en suis convaincu, à renforcer l’offre de soins primaires. »

3. Comment la MSPP Léonard de Vinci a-t-elle fait face à la crise sanitaire du COVID-19 ?

« La MSP a signé une convention avec l’ARS et a installé une cellule SOS COVID 19. Nous avons ouvert 7 jours sur 7 de 08h à 20h. Cette cellule a été constituée de 3 médecins, 1 IPA, 1 assistante médicale (qui est aussi coordinatrice), 2 secrétaires et 2 agents d’entretien. Tous travaillent depuis le début en tenue hospitalière avec masque.
Nous avons scindé la MSP en deux zones. Nous avons aménagé un espace dédié aux consultations covid (salle d’attente et salle de consultation), avec tenue spécifique (charlotte, ffp2, tenue de bloc, chasuble gants et visière) pour le médecin et procédure de désinfection entre chaque patient et de nettoyage deux fois par jour. Tout patient suspect COVID se voyait remettre un masque en tissu. En espace non covid : masque FFP1 et tenue de bloc+ blouse pour le médecine. Entre le 23 mars et le 11 mai, environ 350 consultations, visites au domicile, téléconsultation, visites en EHPAD pour patients covid ou covid présumée ont été assurées, 25 patients prélevés selon les recommandations, 10 revenus positifs et 2 décès (patients en EHPAD). Aucun membre de l’équipe n’a été testé positif. Nous avons favorisé la téléconsultation pour les EHPAD , pour les chroniques au domicile (avec les IDEL) pour les suivi de COVID présumé. Nous nous sommes heurtés parfois à des difficultés de réseau. Nous avons développé les échanges sécurisés entre MSP IDEL et Pharmacies d’officine
Nous avons reçu les dotations de l’Etat conformément à nos engagements avec l’ARS. Le soutien de la mairie, de l’intercommunalité, de la polyclinique des entreprises locales, des restaurateurs, des tisseuses de masque et des patients.
Nous avons modifié les modalité d’appel des patients en supprimant le pré décroché de notre plate-forme de prise de rendez-vous. Nous avons fonctionné en planning , eu recours à un remplaçant, fait le point plusieurs fois par jours, multiplié les partenariats en temps réels (ARS, CPAM,EHPAD, HAD,IDEL, labo, Réseau Gériatrique, SAMU, CRAL, Psychiatrie, Gendarmerie).
Nous avons engrangé des connaissances sur des groupes What’s app avec les professionnels de la e-Santé (Conseil de la E-Santé), du groupe Coronavirus, de la FEMAS Hauts de France et des IDEL du Ternois.
Aujourd’hui, nous devenons centre de prélèvements pour les patients symptomatiques et organisons le déconfinement qui voit revenir nos confrère de la MSP qui avait interrompu leur activité et le flux de patients non covid qui est croisant depuis trois semaines pour être déjà revenur70%.
Nous avons en fait utilisé tous nos concepts de notre projet de santé et renforcé notre conviction que la médecine collaborative permet de faire face à ce fléau en nous rendant plus solidaires par la pluri professionnalité. Nous nous sommes rapprochés d’une culture d’établissement de santé. Nous restons vigilants, tenaces et déterminés pour la suite. »

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