Diagonales Conseil

Jean-Élie Malkin

Infectiologue et Conseiller de l’Ambassade de France en République Démocratique du Congo

Le Dr. Jean-Élie Malkin, infectiologue, et actuellement à Kinshasa, en République Démocratique du Congo, partage avec nous la situation actuelle dans laquelle se trouve l’Afrique face au virus du Covid-19.

 

L’intégralité de l’interview

1. Quelle est la situation du Virus à ce jour en République Démocratique du Congo ?

« L’épidémie a commencé en République Démocratique du Congo le 10 mars 2020 (date du premier cas diagnostiqué). Depuis ce jour, le nombre de cas diagnostiqués a régulièrement augmenté, avec une progression assez lente (10 nouveaux cas par jour). Le nombre de cas diagnostiqués a augmenté de manière linéaire, jusqu’à environ deux semaines, date à laquelle il a commencé à augmenter de manière significative. À l’heure actuelle, nous sommes à plus de 100 cas diagnostiqués par jour, avec un total cumulé aux alentours de 2500. Cette situation représente la partie « émergée de l’iceberg », car les capacités de diagnostic sont faibles. Il est donc très vraisemblable que ce chiffre ne reflète pas la réalité mais qu’il y ait beaucoup plus de personnes infectées par le Covid-19. Vraisemblablement, l’augmentation récente de la courbe est le reflet d’une propagation à tous les quartiers de Kinshasa, qui est une grande métropole de 12 millions d’habitants. Le nombre de décès est relativement faible, comme dans tous les pays africains (aux alentours de 65 décès à ce jour ). Cela s’explique probablement par la pyramide des âges et la démographie de ces pays. En effet, la majorité des habitants en RDC est jeune : 50% de la population a moins de 30 ans, 80% de la population a moins de 50 ans. Néanmoins, les experts présents en RDC et les autorités s’inquiètent de cette accélération du nombre de cas, pouvant présager une situation plus préoccupante dans le futur proche. »

 

2. Dr Malkin, quel est votre rôle aujourd’hui en République Démocratique du Congo ?

« Le poste que j’occupe a été créé il y a plusieurs mois. C’est un poste de Conseiller auprès de l’Ambassadeur de France en RDC, qui à l’origine, devait coordonner l’aide française pour répondre à l’épidémie Ebola sévissant dans l’Est du pays depuis deux ans. Actuellement cette épidémie s’éteint progressivement. Ma position est donc maintenant de conseiller l’Ambassadeur en matière de lutte contre le Covid 19 et de gestion du risque épidémique en lien avec les institutions internationales et les autorités nationales. »

 

3. Selon vous, la coopération Nord Sud va-t-elle pouvoir s’exprimer au travers de cette situation dramatique ? D’autres types de coopérations sont-elles actives ?

« En RDC, particulièrement, mais plus généralement en Afrique, nous faisons face à un problème qui est celui de la faiblesse des systèmes de santé. Nous avons vu dans les autres régions du monde, notamment en Europe, l’importance de la robustesse du système de santé, pouvant s’adapter à des situations préoccupantes. Les problèmes de l’Afrique sont les suivants : un système de santé fragile et des structures hospitalières qui sont, en majorité mal équipées, notamment pour faire face à ce type de crise. Heureusement, il y a moins de cas graves et décès du fait de la jeunesse de la population mais la situation des hôpitaux reste  préoccupante de même que l’insuffisance d’équipements de protection des personnels soignants.

Le deuxième aspect est le suivant : le Covid 19 n’est pas seulement une crise sanitaire mais est également une crise économique et sociale. En Afrique, cela peut prendre des aspects graves dans la mesure où si l’épidémie se propage, il peut y avoir des répercussions en termes de précarisation accrue du travail lie a l’importance du secteur informel.

L’aide des pays développés se mobilise actuellement. Il y a, au niveau de l’Union européenne, une aide matérielle médicale, qui commence à arriver; une aide économique, avec la question d’un moratoire sur la dette; et des aides sociales, en particulier sur le plan alimentaire. Néanmoins, l’argent ne suffit pas. Le problème est la capacité d’absorption et l’utilisation de ces aides. Il faut être vigilant car nous savons que des problèmes de gouvernance existent. »

 

4. Auriez-vous un message à faire passer à vos confrères français ?

« Mes confrères français doivent continuer à faire leur travail en France pour répondre à la problématique française et aux besoins de  la population française. Au-delà de ça, pour mes confrères qui travaillent dans des organisations internationales ou humanitaires il faut continuer ce travail de manière professionnelle, comme ils l’ont fait jusqu’à maintenant. »

 

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