Diagonales Conseil

Fabrice Gendre

Ville de Rueil-Malmaison

Fabrice Gendre, Directeur Général Adjoint des Services pour la Ville de Rueil-Malmaison, nous fait part des enjeux lors des prochaines élections municipales et du regard porté pour innover au service des Reuillois.

L’intégralité de l’interview

1. Quel regard portez-vous sur les prochaines élections municipales en tant que cadre dirigeant ? Quels en seront selon vous les enjeux ? Comment cela impacte-t-il votre activité professionnelle ?

« De manière systématique depuis les années 1990, nous retrouverons la sécurité bien sûr dans les enjeux de la prochaine campagne. Les images de violence dont nous sommes abreuvés depuis le début du mouvement des gilets jaunes et la problématique de l’accueil des migrants peuvent inquiéter les populations. Les maires y sont bien sûr particulièrement sensibles. L’emploi et le développement économique seront également de la partie, tout comme le pouvoir d’achat qui constituent une véritable préoccupation des Français. Les maires devront continuer à faire autant voire plus avec toujours moins… Enfin, la santé et l’accès aux soins sera un enjeu majeur. Concrètement cela signifie pour moi et tous les cadres dirigeants, un accompagnement de nos élus dans l’optimisation des ressources allouées aux politiques publiques. Nous nous y appliquons à Rueil-Malmaison, où le niveau de qualité des services publics locaux reste très élevé malgré des aides de l’Etat an baisse. Le préfet vient d’ailleurs de féliciter par écrit le maire et son équipe sur sa bonne gestion ! Dans les années qui viennent, nous devons faire différemment y compris en sollicitant des acteurs du privé, au-delà des classiques DSP ou PPP. Nous devons aussi innover dans cette dimension. »

2. Vous avez parlé de la santé. La ville de Rueil-Malmaison est-elle concernée ?

« L’Ile-de-France sera d’ici moins d’une décennie le premier désert médical de France. Nous croyons à tort, que seuls les territoires ruraux sont confrontés à cette problématique. Les territoires urbains le sont également. La ville de Rueil-Malmaison se mobilise pour fédérer les acteurs de santé sur son territoire, sur les bases d’un diagnostic partagé conduit par l’URPS et en lien avec l’ARS. Trois champs d’action sont portés par la ville : la facilitation à l’installation des médecins sur le territoire, la réflexion sur la prise en charge des soins de premiers recours avec une offre de soins non programmée, une coordination territoriale des parcours de soins grâce à l’animation d’une communauté territoriale des professionnels de santé. Concrètement, nous travaillons avec l’hôpital et la clinique installés sur la ville, et avec les médecins libéraux pour permettre aux Rueillois d’accéder à une offre complète de santé. »

3. Vous avez également parlé du pouvoir d’achat et du niveau de vie. Quelles sont les marges de manœuvre pour une collectivité comme Rueil-Malmaison?

« Le maintien de services publics de proximité, de qualité et accessibles à tous est primordial. Rueil-Malmaison, comme toutes les communes de la petite couronne, est confrontée à une tension immobilière grandissante. Les prix à l’accession sont élevés, et le risque de voir les classes moyennes fuir le territoire est réel. Or, ces classes moyennes jouent un rôle primordial dans le développement social d’un territoire, dans le vivre-ensemble. Ce sont elles qui établissent le lien entre les différentes composantes de la société, entre les classes très aisées et celles qui le sont moins. La ville de Rueil-Malmaison a réalisé une analyse des besoins sociaux, avec un focus particulier sur la situation des classes moyennes sur le territoire. Forts de ces enseignements, des réflexions sont conduites et des actions menées pour faciliter leur maintien ou leur implantation sur le territoire, comme le prêt à l’accession à la propriété mis en place par la ville. Autre point de vigilance: le développement d’emplois de proximité. Pour les classes moyennes, cela revêt une importance capitale, les frais de garde et de transport liés aux mobilités professionnelles quotidiennes ayant un impact important sur leur budget. Nous travaillons donc, avec l’EPT, les entreprises et les commerces du territoire, au développement de cette proximité d’emploi. »

4. Vous nous avez parlé de faire différemment, avec les acteurs privés notamment. Existe-t-il une méthode pour innover ?

« Nous entendons parler tous les jours, dans tous les médias, d’innovation avec la mise en avant des dernières avancées technologiques. La transition écologique et la Smart city en sont l’illustration au niveau local. .La ville de Rueil s’inscrit depuis longtemps dans cette démarche de transition écologique, avec l’adoption très tôt d’un agenda 21, et une réflexion menée aujourd’hui d’engagement RSE. Une navette autonome ou une application permettant de mesurer l’impact de ses choix de mobilité sur l’environnement vont par exemple être déployés sur la ville. Pour moi, l’innovation dépasse l’appropriation de nouveaux outils. L’innovation réside davantage dans la capacité à mener des politiques publiques de manière différente sur un territoire, au-delà des technologies. Longtemps, les politiques publiques ont été élaborées et appliquées dans une approche top down, où élus et fonctionnaires revendiquaient savoir ce qui été bien pour toutes les composantes de la population. Aujourd’hui, les gens veulent être partie prenante des décisions les concernant. Au-delà des RIC et des grandes révolutions politiques souhaitées par certains, les communes ont déjà intégré cette dimension, à travers des communautés d’usagers, des conseils économiques, sociaux et environnementaux locaux, ou encore des plateformes de participation ou des budgets participatifs, comme à Rueil-Malmaison. Nous devons encore aller plus loin dans la mobilisation de l’intelligence collective, avec des outils tels que le nudge ou le design public, et remettre l’expérience usagers au cœur de nos pratiques managériales. »

5. Comment cela se traduit-il au quotidien ? Comment les collectivités peuvent-elles travailler dans cette forme d’intelligence collective ?

« Il y a quelques années encore, les maires étaient légitimes à coordonner les actions publiques menées sur le territoire par tout un ensemble d’acteurs économiques, sociaux, culturels, privés, associatifs, etc… Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Les flux de population sur un territoire, la multiplication des acteurs privés et publics sur une même politique publique, les modes de gouvernance complexifiés remettent en question cette légitimité de l’exécutif local à imposer des modes opératoires. Si je prends l’exemple des services à la personne, et plus largement le champ des solidarités, une multitude d’acteurs interviennent : des associations avec leurs salariés, des microentreprises ou des sociétés, le département, les villes et leur CCAS, des partenaires institutionnels comme la CAF, etc. Il s’agit donc pour les communes de jouer le rôle d’ensemblier, de facilitateur. Il faut passer de la coordination à la coopération, qui suppose une interconnaissance de tous les acteurs du territoire. Il faut mettre tout le monde autour de la table et organiser de manière cohérente les services proposés, qui parfois se cannibalisent et représentent bien souvent un éparpillement des aides publiques. L’intérêt général n’est plus l’apanage du service public. Acteurs publics et acteurs privés vont donc devoir apprendre à travailler ensemble, partager leurs visions, leurs intérêts communs, leurs connaissances notamment le partage de leurs données numériques. Le chantier est vaste, mais passionnant ! »

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