David Le Bras

Délégué Général
Association des Directeurs Généraux des Communautés de France (ADGCF)

David Le Bras, Délégué Général de l’Association des Directeurs Généraux des Communautés de France (ADGCF) présente l’association et les tendances émergentes sur l’organisation des territoires demain.

L’intégralité de l’interview

1. Quel est le rôle de l’ADGCF ?

« Créée en 1992, présidée par Pascal Fortoul, DGS de la communauté d’agglomération du Pays Voironnais, l’Association des Directeurs Généraux des Communautés de France est la fédération les cadres dirigeants de communautés de communes, communautés d’agglomération, communautés urbaines et métropoles. Evitant les postures corporatistes, l’ADGCF se définit comme l’aiguillon technique de l’intercommunalité, c’est-à-dire comme un lieu de réflexion sur le fait intercommunal et comme un centre d’expertise dédié au management des politiques territoriales. Ayant pour objectif d’aider son millier d’adhérents à être au rendez-vous des évolutions institutionnelles et des mutations territoriales contemporaines, l’ADGCF est aussi régulièrement consultée par les cabinets ministériels et les administrations centrales. »

2. En quoi la montée en puissance des intercommunalités ces dernières années impacte-t-elle vos membres ? 

« À l’issue des dernières réformes territoriales, l’intercommunalité est devenue l’échelle des solutions en matière de conception et de mise en œuvre des services publics locaux. Responsabilisée dans les domaines du logement, des transports, de l’environnement, de la petite enfance, de la santé, de l’emploi, de l’urbanisme…, l’intercommunalité a franchi un cap historique. Accompagnant la montée en compétences progressive des communautés, les directeurs généraux de communautés et métropoles doivent démontrer au quotidien leur aptitude à donner une traduction stratégique et opérationnelle au « fait intercommunal ». En d’autres termes, l’enjeu est aujourd’hui d’avancer prioritairement sur la mise en place d’outils de management adaptés aux spécificités des territoires et ce, en vertu d’une valeur cardinale : travailler à une meilleure efficience et qualité du service public local. »

3. Depuis 2018, l’ADGCF s’ouvre à d’acteurs du territoire (agence d’urbanisme, club prospective, etc.). Pourquoi ? 

« Depuis quelques années déjà, l’ADGCF appelait à la création d’une fédération des managers œuvrant au sein des territoires de projet. L’enjeu : faciliter le travail collaboratif, la diffusion des idées et des réflexions prospectives que suscitent et que mettent en pratique quotidiennement les dirigeants territoriaux. Dans ce cadre, l’opportunité de réunir, par le biais de collèges associés, les directrices et directeurs de PNR, de pôles métropolitains et de pôles d’équilibre territoriaux et ruraux, d’EP SCoT et d’agences d’urbanisme, bref, toutes celles et ceux qui ont en commun d’exercer au sein d’un territoire de projet, apparaît comme une fenêtre d’opportunités pour l’ADGCF et ses membres. En effet, cette dynamique d’alliance facilite les mises en relation entre les territoires et les coopérations aux « meilleures » échelles ; ce faisant, elle favorise l’émergence d’une ingénierie publique optimisée et renouvelée dans ses cadres d’action. »

4. Sur ces dernières années, quels sont les principaux changements qui ont impacté les territoires et la fonction publique territoriale ?

« Du point de vue de l’ADGCF, l’un des principaux changements intervenus ces dernières années est la réduction drastique du nombre d’intercommunalités –moins 40 %– opérée par la loi NOTRe  et qui visait à rendre celles-ci plus fortes, plus cohérentes et plus efficaces. L’ADGCF ne pouvait que souscrire à cette dynamique de rationalisation et d’optimisation des périmètres intercommunaux et à son ambition de les rapprocher des « territoires vécus » même si, bien évidemment, ce travail de remodelage a constitué une modification majeure de l’environnement de travail des directeurs généraux et, plus globalement, des agents territoriaux. En bref, il a fallu réalisé en un temps record une cartographie des compétences, c’est-à-dire identifier les doublons de postes et les différences de traitement, considérer la problématique de l’implantation géographique des locaux et envisager les risques psychosociaux générés par l’évolution de la structure et des postes. C’est à ce moment qu’une réflexion a émergé au sein de l’ADGCF sur la nécessité de faire évoluer, d’actualiser, d’assouplir le statut de la FPT afin de l’adapter aux mutations sociétales contemporaines. L’enjeu : donner aux administrations locales l’opportunité de se doter d’une stratégie globale et cohérente en matière de recrutement, en réelle adéquation avec les besoins à moyen terme de la population et, par ricochet, des services administratifs. »

5. Vous menez des réflexions prospectives. Quelles sont les tendances émergentes demain sur l’organisation des territoires ?

« L’ADGCF achève en ce moment une étude prospective intitulée « Quel monde territorial demain et quel nouveau logiciel pour l’action publique territoriale ? ». Les résultats seront présentés les 3, 4 et 5 juillet prochains à Deauville, à l’occasion de nos 12èmes Universités d’été. En bref, nous partons du principe que les mutations qui affectent aujourd’hui les territoires commandent de revisiter l’organisation de nos pouvoirs locaux. La mobilité toujours plus croissante de nos concitoyens et des entreprises, les dynamiques de concentration des richesses au sein des grandes villes conjuguées à la dilatation des espaces urbains, la prise en charge du changement climatique sans oublier, bien sûr, l’essor des nouvelles technologies qui modifient d’ores et déjà notre appréhension et notre usage du service public… Autant de bouleversements auxquels nos collectivités doivent aujourd’hui faire face et qui, dans un contexte de compétition internationalisée, accélèrent l’obsolescence des périmètres institutionnels transpercés de toutes parts par la démultiplication des réseaux en tout genre. Pour l’ADGCF, loin de constituer des entraves à l’exercice des politiques publiques, ces évolutions apparaissent davantage comme des fenêtres d’opportunité pour définir et déployer une action publique plus performante. « 

Mini-Bio de David le Bras :

Délégué général de l’Association des directeurs généraux des communautés de France (ADGCF) depuis 2012, David Le Bras promeut au quotidien la dynamique intercommunale et le métier de cadre dirigeant d’intercommunalité.

La question intercommunale apparaît comme le fil rouge de son parcours puisqu’il a exercé auparavant les fonctions de responsable des politiques urbaines et de rédacteur en chef de la revue Intercommunalités au sein de l’Association des communautés de France (AdCF) et de directeur-adjoint en charge de la prospective et de la stratégie territoriale au sein de Grenoble-Alpes Métropole.

Docteur en sociologie de l’EHESS Paris, il est également maître de conférences associé à l’Université de Grenoble-Alpes et chercheur associé à l’UMR Pacte. 

Nos dernières interviews

Retrouvez toutes nos interviews !

J'y retourne